En 1928, l'écrivain libanais maronite Khalil Gibran fait paraître Jésus, Fils de l'Homme, portrait du Messie sous la forme d'une mosaïque. Il y assemble les témoignages de plus de soixante-dix personnages bibliques réels ou inventés. Il ne s'attache guère aux miracles qui sont prêtés au fils de Dieu, mais bien plus aux actes de ce " Fils de l'Homme ", être humain né d'un homme et d'une femme. Son livre est la somme de tous les " héros " gibraniens, du Prophète à l'Errant, du Fou au Précurseur. C'est là l'Évangile selon Gibran.

                                                                                  Durant toutes ces années, le prophète a côtoyé les collines, conversé avec les vents et murmuré au creux des arbres. Étranger au peuple d'Orphalese, il a pourtant appris à le connaître et à l'aimer. Or, à l'heure de repartir vers sa terre natale, il éprouve une grande tristesse. Car c'est au sein de ce peuple, grâce à tout ce que lui a insufflé ce lieu, qu'il a pu mûrir la sagesse qu'il va désormais dispenser. Et c'est à Orphalese qu'à l'heure de l'adieu, dans un ultime échange, il s'accomplit comme prophète. On l'interroge sur les grandes préoccupations humaines et, inlassablement, il chuchote sa réponse avec tendresse et compréhension, sans dogmatisme. Long poème en prose, Le Prophète nous livre une conception de la religion qui est une conception de la vie. Étonnamment moderne, le panthéisme de Khalil Gibran conduit le divin vers des régions accessibles à tous. Nul besoin d'être chrétien du Liban, comme son auteur, pour se laisser bercer par le doux balancement des phrases. D'une grande indulgence envers les faiblesses de l'homme, mais aussi d'une grande confiance dans ses possibilités, cette modulation de L'Ecclésiastique , publiée en 1925, est sans doute le texte auquel Gibran a consacré le plus d'efforts.